A partir des
quelques éléments du discours du procureur (Meursault, L’Etranger, folio Ed. 2004, p 155), voici ce que pourrait être la
conclusion d’une plaidoirie d’avocat de la défense dont les 3 objectifs
seraient les suivants :
L’intolérance et la violence, voilà les
gouffres où l’humanité menace de s’écrouler gouffres dans lesquelles elle est
déjà tombée trop souvent. Ce n’est pas l’indifférence toute relative de
l’accusé, ni son manque d’ambition, ni sa naïveté qui constituent une menace
pour l’humanité, bien au contraire. Sa faiblesse, Messieurs les jurés, c’est sa
force, ce qui fait que cet homme n’est pas un danger public, n’est pas une
menace pour l’ordre social, ne peut en aucun cas être considéré comme une
crapule. Rien dans son histoire personnelle, rien dans ces attitudes récentes
ne le laisse supposer. Dans ce cas, Messieurs les jurés, être juste, c’est
faire preuve de tolérance, c’est donner une chance à cet homme qui est notre
semblable, qui aime comme il sait, et comme il peut, qui enfin dans un moment
d’égarement, sous un soleil hallucinant, perd le contrôle de lui-même et commet
l’irréparable. Etre juste, Messieurs les Jurés, c’est croire à son amendement,
à son humanité, ce n’est pas le condamner d’emblée au nom de ce que
l’accusation prétend être des valeurs et qui n’en sont pas. Combien de crimes a-t-on
commis au nom de l’intolérance, au nom de la peur ou de la haine de la
différence ? Etre justes, Messieurs les Jurés, c’est condamner cet homme
pour un crime qu’il a certes commis, mais ce n’est pas le bannir définitivement
de cette terre où il avait sa place, et où on l’a trouvé digne d’être aimé.
Etre justes, Messieurs les jurés, c’est juger l’acte commis, ce n’est pas élever
cet homme au rang de suppôt de Satan, au rang de grand prêtre d’une hérésie
imaginaire pour attiser la haine de tous et mieux le condamner, dans un procès
qui prend des allures d’une mascarade d’inquisition. Revenons dans notre pays,
et quittons ces mœurs d’un autre âge. Cet homme, Messieurs les jurés, pour qui
c’est le premier faux pas, ne mérite pas la mort, c’est évident. Il mérite le
châtiment d’hommes responsables, c'est-à-dire confiants dans ce qu’il y a
d’humanité dans chacun de nous, même dans la faute, conscients que le Christ,
notre maître, a accordé la rédemption même à ses bourreaux.
Aussi, je requiers pour cet homme une peine de
10 années de prison, une peine largement suffisante pour expier un acte grave
et regrettable, mais une peine qui accorde crédit à l’homme derrière le
meurtrier, qui montre enfin la foi des hommes en l’humanité. (400 mots)